La Nouvelle Route du Soi 

1. Le Cycle Economique

La croissance économique, mesurée par la croissance du Produit Intérieur Brut, se révèle conforme aux prévisions faites en 2018. Les « Economies Développées » devraient être en route pour près de 2% de croissance alors que les « Economies Emergentes » et « en

Développement » affichent le double. Les 2 grands moteurs mondiaux que sont les USA et la Chine croissent au rythme de 2.3% et 6% respectivement.

La croissance économique se prolonge dans un cycle exceptionnellement long.

Le cycle économique des USA est, et demeure, le point de focalisation ; la question est de savoir si l’économie américaine est proche ou non d’une récession.

Sachant que la consommation des ménages représente 70% du GDP, que la création d’emplois bat son plein, que le chômage est au plus bas et que le salaire horaire est à la hausse, il est propice de penser que le cycle économique peut rester en croissance encore longtemps.

Tout ceci sans menace du côté de l’inflation pour entamer le pouvoir d’achat des ménages et des taux d’intérêt sans direction haussière de la part de la Réserve Fédérale, ce qui rend les frais de logement plus faciles à supporter.

Le reste du monde vit au diapason de l’économie et de la politique des USA, que ce soit par les échanges, les taux d’intérêts ou les tweets présidentiels.

Notre scénario de base est celui de la poursuite de la croissance économique dans un environnement plus volatile et moins disposé au risque. Nous développerons plus loin les sources de risques, en particulier le différend économique entre la Chine et les USA, et ce que nous gardons en ligne de mire pour ajuster les portefeuilles au fur et à mesure de la survenance ou non de certains événements.

2. Les Bénéfices

Après une année marquée par les baisses d’impôts aux USA, et donc de bénéfices très fortement à la hausse, l’année 2019 présente un autre visage. Au premier trimestre les bénéfices sont en hausse de près de 1% comparés à la même période de 2018 et les prévisions pour le deuxième trimestre sont de 1.5%.

Les attentes pour 2019 sont inférieures à 10% de croissance.

Le point d’inquiétude est dans la croissance des revenus versus la croissance des bénéfices.

De nombreuses situations montrent que malgré des volumes (revenus) à la hausse les bénéfices ne suivaient pas avec la même amplitude voire étaient à la baisse. Ceci peut s’expliquer par 2 facteurs : le coûts de la main d’oeuvre augmentent et les taux d’intérêt ont commencé l’année 2019 sur des niveaux soutenus, avant de corriger.

Nous garderons ce point sur notre radar.

En Europe la dynamique des bénéfices connaît un passage mou. Sur fond de revenus à la hausse les bénéfices sont à la baisse au premier trimestre. L’Europe souffre d’une Chine qui tente de se relancer mais qui affronte une guerre tarifaire. L’Allemagne est la grande perdante de cette situation freinant ses exportations.

Les incertitudes liées au Brexit continuent de freiner l’enthousiasme dû à un dynamisme retrouvé.

La Chine relance son économie en abaissant taxes et réserves tout en faisant face à une guerre tarifaire avec les USA. La croissance des bénéfices pourrait se produire mais les incertitudes ne permettent pas de mettre un chiffre à ce scénario.

L’Asie du Sud-Est pâtit fortement de conflit commercial.

L’Amérique Latine vit au gré de ses multiples réalités. Le Brésil domine la scène avec un besoin de réformes budgétaires qui ressemble à un bras de fer avec le parlement.

3. L’Inflation

Aux USA la bonne surprise vient du côté de l’inflation, au-dessous de 2%. Le ralentissement de l’économie américaine ainsi que qu’une inflation contenue ont permis à la Réserve Fédérale de ne pas monter ses taux directeurs.

En Europe la hausse des prix est également inférieure à 2%, offrant à la BCE la possibilité de laisser ses taux courts dans le négatif. La force du Dollar américain pourrait participer à une inflation importée plus forte à l’avenir mais nous ne voyons pas de facteur alarmant.

4. Les taux d’intérêt

Une des clés principales pour les marchés sera l’évolution des taux en 2019.

Fin 2018 les analystes étaient bien partagés entre ceux qui prévoyaient 100 points de base de hausse et ceux qui prévoyaient l’inverse.

Pour l’instant c’est le status quo. La Réserve Fédérale a mis une pause à son programme de hausse, observant le ralentissement économique et les indicateurs avancés ainsi que la capacité de l’économie américaine à croître sans risque majeur d’inflation.

Le « Quantitative Tightening » persiste et offre un plancher aux taux d’intérêt.

Nous ne prévoyons pas de mouvement important des taux US pour les 3 prochains mois.

L’Europe offre des taux courts reflétant la croissance molle et le besoin de la stimuler. Les endettements nationaux sont une mosaïque qui ne permet pas d’élan européen vers la croissance.

La Banque Centrale Européenne continuera vraisemblablement sa politique accommodante en 2019 et devra manoeuvrer habilement car toute hausse avant la fin de l’année bloquerait une dynamique fragile.

Nous ne voyons donc pas de hausse généralisée et soudaine des taux en Europe; nous gardons un oeil sur les déficits nationaux préoccupants.

5. La politique

La politique présidentielle américaine n’a de prévisible que son slogan « America First ». Les tweets décisionnaires ou provocateurs n’auront de cesse d’influencer les marchés. En particulier la guerre commerciale entre la Chine et les USA sera pour longtemps encore une source accrue de volatilité pour les marchés.

A l’heure où ces lignes sont écrites la guerre commerciale entre les USA et la Chine est ouverte et un accord n’est pas trouvé. Ceci affecte et affectera les marchés financiers encore longtemps. (Il faut aussi comprendre que cette guerre permet à certaines industries de se redynamiser, localiser ou relocaliser aux USA ; les avantages sont dans l’absorption d’une main-d’oeuvre peu qualifiée, d’un shift de l’économie vers plus de production et moins de services et de capter du capital. Mais le coût immédiat est pour les exportateurs américains, principalement l’agriculture et les équipementiers.

La Chine construit sa « route de la Soie », l’Amérique la route « vers Soi » et l’Europe est dans l’impasse du « Pas Moi ». Frileuse, désunie et sujette à des forces centrifuges il n’y a pas d’Europe politique. Cette désunion aura son poids (négatif) dans la valorisation des actifs à risque.

L’Amérique Latine vit à l’heure d’élections et de votations importantes. Election présidentielle en Argentine, vote sur le budget au Brésil pendant que l’instabilité continue au Venezuela.

6. Les Matières Premières

Le prix du pétrole ne trouve pas de vrai levier haussier et les inventaires sont hauts. Nous estimons que les prix du pétrole oscilleront autour des niveaux actuels.

L’or reprend un peu de son lustre puisque les taux d’intérêt sont à la baisse et les tensions géopolitiques à la hausse.

Les matières premières agricoles verront leur prix sous pression tant que la guerre tarifaire entre les USA et la Chine demeurera.

7. Les actions

Fin de cycle, guerre tarifaire et évolution des taux d’intérêt sont les pivots de ce marché.

Nous favorisons un scénario de croissance modeste (<10%) des bénéfices des entreprises ce qui soutiendra le marché US. Le reste de la visibilité est réduite et les multiples (P/E) de valorisation resteront sous pression durant 2019. Le risque principal est qu’une décision brusque ne fasse plonger l’économie en récession. Une volatilité accrue est attendue pour toute l’année 2019. De même la rotation sectorielle pourrait reposer sur de faux signaux.

Les marchés européens offrent des niveaux d’évaluation attrayants et le rendement du dividende le confirme. Toutefois la croissance est très dépendante du rapport sino-américain et le calendrier politique autant que le climat social ne permet pas d’enthousiasme autre que contenu. Les taux d’intérêt négatifs participent d’un plancher invisible.

Les marchés émergents vivent au rythme de la Chine. Nous sommes d’avis que la pression devrait rester en 2019, tant sur les bénéfices que sur leur monnaie.

Nous continuons de favoriser certains thèmes qui furent porteurs en 2018 tels que le vieillissement de la population et les investissements à direction du climat.

8. Le Revenu Fixe

Le Revenu fixe aux USA a vécu un début d’année particulier puisque les taux se sont affaissés et la courbe s’est inversée, traduisant pour certains la fin du cycle de croissance et pour d’autres le proche début d’un nouveau. Le consensus est pour une année 2019 sans mouvement majeur des taux. La lecture des rapports de l’emploi, de l’inflation, de la confiance des ménages et des entreprises permettra de distinguer le chemin, car il y en aura un, différent des prévisions, ou plutôt de l’agnosticisme ambiant.

Le revenu fixe en Euro ne représente pas une alternative intéressante ; quelques situations particulières, autour d’un budget, d’une situation politique, créeront un peu de stress qui pourrait être mis à profit dans une optique de trading ; par exemple la dette de l’Italie.

Le High Yield corporatif est à surveiller en cas de fin cycle économique car les taux de défaut devraient à ce moment remonter.

Le High Yield des marchés émergents représente la meilleure alternative tout en n’excédant pas des durées supérieures à 4 ans.

9. Les monnaies

Le dollar américain continuera à être apprécié grâce à ses taux courts positifs, surtout face à l’Euro. Cette surévaluation par rapport à ses fondamentaux devrait s’estomper dans la deuxième partie de l’année.

Les monnaies des Pays Emergents demeurent sous pression dans un contexte de guerre tarifaire USA – Chine.

Le Franc suisse bénéficie, face à l’Euro, d’un capital de confiance dans une période d’incertitude pour la zone Euro (Brexit, élections). Le niveau de 1.20 n’est envisageable que si le commerce mondial trouve un accord.

10. Points de mire

11. Grilles d’allocation d’actifs.

Nous ne modifions pas les grilles toutefois nous favoriserons, très sélectivement, les marchés émergents, tant en revenu fixe qu’en actions.

10 Mai 2019

W.I.S.E. Management SA

Tactical Asset Allocation Committee

Fin mai 2019

Revue des grilles d’allocation